L’ascension du « Huayna Potosi », une aventure à 6088 mètres d’altitude! + [VIDEO]

Un col à 5416m au Népal, 2 volcans de plus de 3000m en Indonésie, de multiples treks en Nouvelle-Zélande, au Chili, en Argentine et moi (Sylvain), me voici déjà en manque de sensations fortes, d’aventures, de défis! L’expédition vers le Huayna Potosi, situé à La Paz en Bolivie, sera donc ma piqûre d’adrénaline pour l’Amérique du Sud.

 

L’expédition débute un mardi matin.

J’ai réservé la veille, autant vous dire que la nuit fut courte tant mon esprit nageait déjà dans la poudreuse.

 

Je quitte mes compagnons de route (pour le troisième fois… mon espièglerie me perdra!) vers 9h. Un petit-dèj expédié, me voici dans les rues de la Paz, arnaché comme un mulet, marchant d’un bon pas vers le minibus qui nous emmène au camp de base.

 

A l’intérieur, je découvre 4 français partis tenter l’expérience ainsi que 2 guides, un porteur et un cuisiner. Nous traversons les rues embouteillées de La Paz ainsi que d’El Alto. Assis près de la fenêtre, j’observe avec attention la valse humaine qui se presse autour des différents marchés de rue. On effectue un arrêt rapide pour se ravitailler en boisson, nourriture et surtout en feuilles de coca.

 

La ville de la Paz est située à 3600 mètres au dessus du niveau de la mer, autant vous dire que le simple fait de monter une quinzaine de marches peut vous essouffler pendant plusieurs minutes sous les effets de l’altitude. Il est donc plus que nécessaire de mastiquer dès maintenant en grande quantité les feuilles de coca, de manière à éviter la fatigue ou d’éventuels maux de têtes, nausées etc.

 

Nous reprenons la route, ça monte, ça monte, j’entends le moteur du minibus qui est à 2 doigts de rendre l’âme. Le chemin devient chaotique, le chauffeur slalome entre les roches et les nids de poule . Le Huayna Potosi est à peine visible, la météo n’est malheureusement pas de la partie…

 

Sur le route du Huayna potosi
Sur le route du Huayna potosi

 

On arrive finalement au camp de base. Perchées sur un plateau rocheux à 4700 mètres d’altitude, 3 ou 4 bâtisses de bois feront office de refuge. On ouvre à peine la porte du van que la neige commence déjà à s’engouffrer dans l’habitacle. Le matériel de haute montagne est stocké dans un débarras. De notre côté, on dépose nos affaires perso dans un dortoir vétuste. Le planning de la journée et des jours suivants nous est conté par Silverno, le guide qui m’est affecté pour l’ascension.

 

Aujourd’hui, c’est 40 minutes de marche pour atteindre « El Viejo Glaciar« . Ensuite, entraînement sur ce même glacier pour apprendre les techniques de bases de l’alpinisme. A savoir : utiliser les crampons et le piolet pour monter ou descendre une pente de glace, escalader un mur vertical à l’aide du duo crampons/piolets, savoir redescendre en rappel.

 

Carte du camp de base
Carte du camp de base

 

Je pars dans l’après-midi, seul, avec mon guide Silverno. Ce montagnard bolivien au visage marqué par le soleil de haute altitude, a gravi les échelons de l’alpinisme. Porteur à 18 ans, il est maintenant un guide expérimenté avec à son actif une dizaine de sommets par mois. Formé tous les ans par des guides européens, il rayonne de par son assurance et sa bonne humeur!

 

On s’élance avec le matériel de montagne sur les épaules. Le chemin est semé de gros cailloux rendus glissant par la neige. Les boots d’alpinisme me rappellent mes rollers : c’est lourd et très raide!

 

Au bout d’une trentaine de minutes, j’aperçois le glacier. J’ai devant moi un énorme glaçon qui, pour une fois, ne va pas se retrouver dans mon verre de pastis!

 

J’enfile mes crampons, j’attrape mon piolet et c’est parti pour l’école de glace sous une neige battante!

 

Entraînement sur le mur de glace
Entraînement sur le mur de glace

 

C’est tout simplement flippant !

 

Au départ, il faut vraiment faire confiance aux crampons, espérer qu’ils vont tenir sur le vieux glacier. On escalade une pente à 45°, on la redescend, le plaisir prend petit à petit la place de la peur. J’enjambe ma première crevasse, pense à tous les films catastrophes où l’alpiniste tombe dedans, puis je me ressaisis.

 

On termine l’initiation par une escalade sur un mur de glace vertical d’une quinzaine de mètres.

 

Au début ça roule. Puis un crampon mal encré dans la glace se détache, je me rattrape comme je peux grâce à mes piolets, mais surtout, je m’épuise! Les derniers mètres sont une souffrance abominable, j’ai les avant-bras tétanisés, je suis à bout de souffle. J’entends mon guide me motiver d’en bas, me promettant une bonne bière au sommet du mur… Je n’y découvre qu’un mousqueton coloré accroché à une cheville bien encrée dans la glace. Je redescends en rappel, totalement épuisé. Cet entrainement sur mur vertical est crucial pour atteindre le sommet : la nuit du troisième jour, je devrais escalader un ressaut de 20m d’environ 60° d’inclinaison. C’est là où les 3/4 des aventuriers abandonnent ou échouent…

 

Le retour vers le camp de base se fait sans encombres. Je fais sécher mes affaires et me gave de « mate de coca » (tisane à base de feuille de coca). La neige tombe toujours, j’ai froid, même avec 4 couches, niché dans mon gros sac de couchage orange.

 

Le soir, pas d’appétit, je mange à peine, on discute rapidement avec le groupe de français puis on se dirige tous vers le dortoir. Le départ pour le « Campo Alto » est prévu pour 8h.

 

 

Mercredi matin, 8h.

 

Impossible de fermer l’oeil de la nuit. C’est pour le moment le seul symptôme lié au mal des montagnes que je ressens. J’ai du agacer plus d’un compagnon de chambre à me retourner dans tous les sens tous les quarts d’heure…

On petit déjeune puis on s’équipe. Mon sac pèse au moins 15kg (piolets, crampons, boots, baudrier, sac de couchage, bâtons de marche).

 

Nous décollons vers 8h30 du refuge. Il a neigé toute la nuit, un manteau blanc recouvre les roches au pied du glacier. La marche à travers la rocaille n’est pas des plus agréable, ça glissouille, je manque de me tordre la cheville à tout moment. Un poumon en moins et 1h30 plus tard, nous arrivons au « Campo alto« .

 

Sur la route du "campo alto"
Sur la route du « campo alto »

 

Un panneau affiche 5130m d’altitude. Je pose mes affaires dans le dortoir, sèche mon t-shirt sous une gazinière et me saoule de mate de coca. Les discussions sont animées dans le dortoir : les grimpeurs qui ont tenté l’ascension cette nuit se sont cassés le nez à 5900 mètres, à même pas 200 mètres du sommet pour cause de mauvais temps. Les guides ont préféré faire demi-tour, ce qui n’a pas plu au groupe d’alpinistes amateurs… Les prévisions météorologiques ne sont pas très joyeuses pour le lendemain matin, une jeune française me prédit même que je n’y arriverai pas vu les conditions actuelles.

 

Les groupes de la nuit précédente quittent le refuge du « Campo Alto » pour revenir vers « La Paz ». Le calme revient, j’entends seulement le vent qui tape contre le baraquement en bois. Je me retrouve donc seul avec mon guide et le cuisinier dans le refuge. J’en profite pour me restaurer, me reposer, écrire, songer à l’ascension qui m’attend dans la nuit. Mes compères français nous rejoignent un peu plus tard, suivis par un allemand et un américain.

 

Le soleil pointe le bout de son nez, Silverno me propose de partir trekker un peu plus haut pour favoriser mon acclimatation. On galope cette fois-ci sans nos sacs, entre deux énormes glaciers. La vue commence à se dégager. « La cumbre », m’annonce Silverno en pointant son doigt vers le sommet. Le panorama est grandiose. Pendant que Silverno essaie de capter du réseau pour rassurer sa femme et ses enfants, je laisse mes yeux glisser sur le manteau neigeux des faces du Huayna Potosi. On redescend une heure plus tard sur des rochers qui ressemblent à des lames de rasoir.

 

 

Le reste de la soirée, je continue mon gavage au « mate de coca » qui s’accompagne d’un aller-retour fréquent au pipi room. Silverno me rassure sur l’effort physique de demain. Accompagné d’une enceinte sans fil en forme de chat bionique nommé « el gatito« , on délire de longues minutes sur de la musique traditionnelle bolivienne. Je déleste mon sac de tout le superflu et je prépare soigneusement mon matos pour l’ascension finale. Je tente tant bien que mal de rejoindre les bras de Morphée, qui ne veulent toujours pas de moi…

 

Jeudi dans la nuit, 00h30

 

Deuxième « nuit » sans fermer l’œil, j’ai eu froid dans mon sac de couchage censé tenir jusqu’à -5°. Deux « mate de coca » et un bout de pain dans le ventre, je sors arnaché comme un bonhomme michelin. Mon sac à dos contient seulement mes crampons ainsi que des sucreries. La pleine lune fait étinceler la cime vertigineuse du sommet, le ciel est à ma grande surprise dégagé. On marche à la lumière de nos lampes frontales pendant dix minutes sur des rochers, puis on rejoint le glacier. La pente est très inclinée  (45° sur 200m), l’effort nécessite une bonne coordination et un bon cardio. On enjambe une « petite » crevasse puis on continue notre progression.

 

Après 2h30 de marche, c’est le moment fatidique : l’escalade du mur de glace d’environ 60° d’inclinaison. Cette partie est redoutable, surtout à plus de 5000m d’altitude. Mon guide s’élance et sécurise la corde au sommet du mur. Je m’élance à mon tour, piolet gauche, piolet droit, crampon gauche, crampon droit et ainsi de suite. Ça grimpe bien, je garde le rythme. A 5m de la fin, mon souffle me rappelle que l’on n’est plus sur le plancher des vaches. Je termine péniblement et m’écroule d’épuisement dans l’épaisse neige qui amortit ma chute. Je mets au moins 5 minutes à reprendre mon souffle. Il faut cependant repartir pour avoir une chance d’atteindre le sommet pour le lever du soleil.

 

Les 2 heure suivantes s’enchainent à un rythme plus lent, j’ai tendance à m’arrêter plus régulièrement pour reprendre mon souffle. Silverno m’interpelle pour me motiver en me montrant le sommet du bout de son doigt, on en est plus très loin… Il nous reste 1h d’ascension pour rejoindre la crête sommitale. Il est 5h30 quand nous commençons la difficile montée vers le sommet. Un pente vertigineuse de 200m nous attend de pied ferme.

 

Pas de traces d’autres alpinistes, nous sommes les premiers. Silverno à la lourde tâche d’ouvrir la route et créer un chemin dans cet enfer de poudreuse. La couche neigeuse est fraîche d’hier, je m’enfonce profondément à chaque pas, retardant ma progression et m’épuisant à chaque mètre. Cette fois-ci, je reprends mon souffle tous les 3 pas. Derrière moi, je commence à apercevoir les lampes frontales des autres grimpeurs qui semblent avoir les mêmes problèmes que moi. Silverno m’indique qu’il reste environ 20 mètres d’ascension. Mes poumons tentent de s’évader de ma cage thoracique, en vain. Je finis les derniers mètres vers le sommet à 4 pattes, épuisé.

 

J’ai l’honneur d’arriver le tout premier en haut. Je m’étale sur la neige fraîche comme dans un canapé, mon cœur bat aussi vite que les ailes d’un colibris. Les lumières lointaines de la Paz illuminent l’horizon. Le soleil commence tout juste à pointer le bout de son nez, je suis dans un état second, à attendre que le spectacle de l’étoile commence.

 

Perché à 6088 mètres d’altitude, mes yeux sont comme ivres de la beauté environnante. Une vague rouge envahit les nuages, la pénombre laisse place à la lumière du soleil. Je découvre enfin le chemin que j’ai arpenté pendant 5h d’affilé. Autour de moi, le lac Titicaca à la frontière Pérou/Bolivie, le sommet du majestueux Illimani et les belles volutes de neiges qui entourent le massif du Huayna Potosi. Je plane sur le toit bolivien. Le soleil entame son doux levé, délaissant le rouge pour l’orange.

 

Vue du sommet 6088m
Vue du sommet 6088m

 

Après ce spectacle hors du commun, j’entame la pénible descente d’environ 2h. Nous croisons 4 ou 5 groupes encore en train de monter, en difficulté dans la poudreuse. L’horizon est maintenant limpide. Mes pas sont amortis par l’épaisse couche de neige, me rappelant au passage les sensations de descente dans les cailloux des volcans indonésiens. Les crevasses m’apparaissent maintenant au grand jour, profondes, mystérieuses et surtout dangereuses. On arrive au mur de glace qu’il faut maintenant redescendre en rappel. Le chemin emprunté cette nuit me semble inconnu de jour.

 

Nous commençons à apercevoir la roche sous la neige, signe que nous nous rapprochons du camp d’altitude. Un bruit de craquement de neige interpelle Silverno, il se met à courir en me criant de faire de même. Les avalanches sont fréquentes une fois le soleil levé, heureusement pour nous, ce ne fut qu’un craquement du glacier. Le soleil m’éblouit, reflétant le moindre millimètre carré de cristaux de neige. Je puise dans mes dernières ressources pour ne pas faire d’erreurs, certains passages sont encore très dangereux, une chute serait clairement fatale.

 

Puis finalement, on atteint enfin la roche, je peux me libérer de mes crampons. Nous rejoignons le « campo alto » dans la matinée. Dans le dortoir, j’entrevois une française dans son sac de couchage, qui n’a pas pu continuer. L’allemand et l’américain ont eux aussi abandonné après le mur de glace, trop fatigués. Après quelques discussions dans le dortoir, je saute dans mon sac de couchage pour récupérer.

 

J’arrive ENFIN A DORMIR! Réveillé par le retour des 3 français, je me lève et célèbre avec eux cette belle ascension. Un bol de soupe plus tard, il faut déjà plier bagage. Mon sac pèse un quintal. Une heure de descente sous un ciel bleu azur et nous voilà assis dans le minibus qui nous ramène vers la Paz. J’invite Silverno ainsi que les autres guides à boire un coup. On discute de leurs vies, de leurs conditions de travail, de leurs enfants. Puis vient le moment de se dire adieu. Grand comique, d’un courage inébranlable, d’une gentillesse extrême, je n’aurai rien pu accomplir sans ce guide bolivien et sans l’équipe qui l’entoure.

 

Merci à vous

 

Je rejoins mes compagnons de route dans l’après-midi, l’aventure à la Paz ne fait que commencer…

 

Retrouvez le récit de cette aventure dans la vidéo ci-dessous.

 

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